Il y a quinze jours, Loïs Boisson était inconnue du grand public. Puis, d'un coup de raquette presque magique, son nom s'est retrouvé propulsé à la une des gazettes sportives. Une 361e joueuse mondiale, française de surcroît, en demi-finale de Roland-Garros : qui l'eût cru ? Surtout à une époque où l'on nous rebat les oreilles avec la crise du tennis féminin tricolore.
À l'unisson, les médias ont salué la force de caractère de la jeune femme, son apparente insouciance, son parler franc, son coup droit de déménageur, mais aussi l'une de ses armes favorites : l'amorti du fond du court, selon les uns ; l'amortie du fond du court, selon les autres. Parfois d'ailleurs au sein d'un même journal.
En farfouillant sur la Toile, j'ai ainsi trouvé le mot employé au masculin chez L'Équipe, Le Parisien et Ouest-France. Puis je l'ai rencontré au féminin chez... L'Équipe, Le Parisien et Ouest-France. À ce stade, ce n'est plus de l'hésitation : c'est un match nul.
Alors, amorti ou amortie ?
Disons-le tout de suite : la réponse est presque aussi difficile à trouver que le geste lui-même à exécuter. Et comme souvent, les spécialistes de la langue excellent à brouiller les pistes. Tandis que Larousse et Robert font du mot du jour un substantif exclusivement masculin, l'Académie française les prend à contre-pied et invite à opérer un distinguo plus subtil — et, reconnaissons-le, plus logique. « Une balle amortie ou, elliptiquement et substantivement, une amortie », nous dit-elle, est une balle frappée de telle sorte qu'elle rebondisse le moins possible dans le camp adverse, au plus près du filet. En revanche, « un ballon amorti » ou « un amorti » désigne un ballon dont on freine ou arrête la course.
Faut-il en conclure qu'il existe deux langues à la porte d'Auteuil : l'une pour les habitués des tribunes populaires du Parc des Princes, l'autre pour les élégants promeneurs des allées de Roland-Garros ?
À moins que, sur ce point précis, la balle ne soit encore dans le camp de l'usage.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
samedi 7 juin 2025
Porte d'Auteuil, on ne mélange pas les genres
« […] c'est bien Boisson qui a arraché le plus d'exclamations au public à chacun de ses coups droits surpuissants, dans un premier set complètement à sa main, aussi habile sur les amorties que solide au filet. (Imaz Press Réunion)
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