Il ne se passe plus un jour sans que le verbe « performer » n’apparaisse dans les colonnes de nos journaux ou ne surgisse de la bouche de quelque commentateur sportif à court de substituts.
– « Malgré la pénurie de composants électroniques, LDLC continue de performer » (Le Dauphiné libéré)
– « Comment Yohan Ndoye Brouard tente de performer malgré une maladie dégénérative des yeux » (L’Équipe)
– « Former la jeunesse pour faire performer nos entreprises » (Ouest-France)
Pourtant, si le vocable « performance », descendant du vieux français « parfournir », « revisité » à la sauce anglaise avant de revenir au bercail au XIXe siècle, s’est naturellement (ré)installé dans nos ouvrages de référence, il n’en va pas de même pour le franglais verbal censé l’accompagner. « Performer n’existe pas en français, ni comme nom ni comme verbe », tranche sans concession le linguiste Alfred Gilder.
D’autres membres de la famille ont eu plus de chance. Malgré les mises en garde de l’Académie, le substantif « performeur » et son pendant féminin « performeuse » ont été accueillis à bras ouverts par le Grand Larousse illustré et le Petit Robert. Mais est-ce vraiment une surprise ? Point de « performer », en revanche, chez Littré ou Larousse. Et si Robert le mentionne, c’est avec l’étiquette « anglicisme ».
Comme je l’ai avoué dans un précédent billet, je ne fais pas partie de ceux qui rêvent de rejeter systématiquement l’« Anglois » à la mer. Et, en l’occurrence, je dois reconnaître que le verbe « performer » vient combler un vide sémantique dont le linguiste a horreur.
Car « se produire », « s’illustrer » ou « briller » ne disent rien de l’efficacité obtenue. Quant à « accomplir une performance », « réaliser une performance », « obtenir un bon résultat » ou « se montrer compétitif », ces périphrases ont pour elles le mérite d’être françaises, mais contre elles celui d’être… lourdes. Très lourdes.
J’ai beau me gratter la tête, je ne vois donc pas d’équivalent français satisfaisant à « performer ». Et c’est bien ce qui m’ennuie avec cet ami anglais : je n’ai aucune envie de l’inviter à dîner, mais je ne sais pas très bien par qui le remplacer.
Si vous avez une idée, faites-moi signe. J’apprécierai la performance à sa juste valeur.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
mardi 21 décembre 2021
Performer, l'ami anglais
Lu ce matin : « Ulrich du groupe Zanfan Maron s’exprime au micro de Nicolas Guy avant de performer devant le public venu célébrer la libération des ancêtres esclaves des Réunionnais. » (Linfo.re)
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