Lu ce matin je ne sais plus où, mais lu tout de même : « les velléités de la Russie ».
Aujourd’hui, sans gratter comme un « meurt-de-faim » — et non un « mort-de-faim » — dans les tiroirs de l’information locale, je n’ai eu que l’embarras du choix. J’aurais pu vous parler de l’« en pointillé » qui ne prend pas de s final, des « Sudistes » qui n’ont aucune raison de s’offrir une majuscule, ou encore de l’inévitable « initier » employé dans un sens qu’il n’avait pas à l’origine. Mais j’ai finalement choisi de pénétrer avec vous les arcanes d’un mot qui me paraît particulièrement maltraité : « velléité ».
Je me suis toujours étonné de ne pas le voir figurer plus souvent dans les ouvrages consacrés aux difficultés du français. On nous rappelle généralement, tout au plus, que cet oiseau-là, issu du latin médiéval velleitas et de velle (« vouloir »), vole mieux avec deux l.
Pourtant, « velléité » est l’un de ces mots que l’usage a malmenés à coups de contresens, pas très loin derrière les intouchables « alternative », « comparse », « conséquent », « à l’encontre » ou « éponyme ». En fouillant sur la Toile, j’ai ainsi constaté que 44 des 50 sites d’information consultés par mes soins l’avaient employé de façon impropre.
Je m’abstiendrai cependant de jeter la pierre aux contrevenants. Après tout, leur seule maxima culpa n’est-elle pas d’avoir contribué, bien involontairement, à pousser un mot de plus vers la dérive sémantique ? Je ne leur en veux pas. Malgré mon grand âge, mon cerveau délabré n’a pas oublié l’époque, pas si lointaine, où moi aussi j’aurais mérité l’opprobre. Pour des raisons purement phonétiques, j’ai longtemps associé « velléité » à une volonté forte, ferme, implacable, que rien ni personne ne saurait fléchir.
Or, c’est exactement le contraire.
Une « velléité » est, nous dit l’Académie, une « volonté faible et passagère » ; pour le Robert, « une intention qui n’aboutit pas à une décision » ; pour Littré, « une volonté faible et qui reste sans effet » ; et pour le Grand Larousse illustré, « une volonté faible, hésitante, et non suivie d’une action ».
Tout est dit. La « velléité » porte en elle l’idée d’une volonté fragile, hésitante, incertaine, qui risque fort de ne jamais se transformer en acte. Voilà pourquoi parler des « velléités » de quelqu’un lorsqu’on veut simplement évoquer ses intentions ou ses projets peut être trompeur : le mot ne se contente pas de décrire une volonté, il en souligne la faiblesse.Dans la phrase qui m’a servi de point de départ, « les velléités de la Russie » laisse donc entendre que les intentions russes sont fragiles, hésitantes ou peu susceptibles d’aboutir. Or, à moins de considérer que l’on connaît déjà l’issue de l’affaire, il me semble plus prudent de parler simplement de ses intentions, de ses projets ou de ses ambitions.
Et surtout, gardons-nous de confondre « velléité » et « velléitaire ». Car si la première désigne une volonté faible qui peine à se transformer en décision ou en action, le second qualifie simplement celui qui manque de fermeté, hésite et change facilement d’avis.
Tiens, tiens… Ça me rappelle quelqu’un.
Aujourd’hui, sans gratter comme un « meurt-de-faim » — et non un « mort-de-faim » — dans les tiroirs de l’information locale, je n’ai eu que l’embarras du choix. J’aurais pu vous parler de l’« en pointillé » qui ne prend pas de s final, des « Sudistes » qui n’ont aucune raison de s’offrir une majuscule, ou encore de l’inévitable « initier » employé dans un sens qu’il n’avait pas à l’origine. Mais j’ai finalement choisi de pénétrer avec vous les arcanes d’un mot qui me paraît particulièrement maltraité : « velléité ».
Je me suis toujours étonné de ne pas le voir figurer plus souvent dans les ouvrages consacrés aux difficultés du français. On nous rappelle généralement, tout au plus, que cet oiseau-là, issu du latin médiéval velleitas et de velle (« vouloir »), vole mieux avec deux l.
Pourtant, « velléité » est l’un de ces mots que l’usage a malmenés à coups de contresens, pas très loin derrière les intouchables « alternative », « comparse », « conséquent », « à l’encontre » ou « éponyme ». En fouillant sur la Toile, j’ai ainsi constaté que 44 des 50 sites d’information consultés par mes soins l’avaient employé de façon impropre.
Je m’abstiendrai cependant de jeter la pierre aux contrevenants. Après tout, leur seule maxima culpa n’est-elle pas d’avoir contribué, bien involontairement, à pousser un mot de plus vers la dérive sémantique ? Je ne leur en veux pas. Malgré mon grand âge, mon cerveau délabré n’a pas oublié l’époque, pas si lointaine, où moi aussi j’aurais mérité l’opprobre. Pour des raisons purement phonétiques, j’ai longtemps associé « velléité » à une volonté forte, ferme, implacable, que rien ni personne ne saurait fléchir.
Or, c’est exactement le contraire.
Une « velléité » est, nous dit l’Académie, une « volonté faible et passagère » ; pour le Robert, « une intention qui n’aboutit pas à une décision » ; pour Littré, « une volonté faible et qui reste sans effet » ; et pour le Grand Larousse illustré, « une volonté faible, hésitante, et non suivie d’une action ».
Tout est dit. La « velléité » porte en elle l’idée d’une volonté fragile, hésitante, incertaine, qui risque fort de ne jamais se transformer en acte. Voilà pourquoi parler des « velléités » de quelqu’un lorsqu’on veut simplement évoquer ses intentions ou ses projets peut être trompeur : le mot ne se contente pas de décrire une volonté, il en souligne la faiblesse.Dans la phrase qui m’a servi de point de départ, « les velléités de la Russie » laisse donc entendre que les intentions russes sont fragiles, hésitantes ou peu susceptibles d’aboutir. Or, à moins de considérer que l’on connaît déjà l’issue de l’affaire, il me semble plus prudent de parler simplement de ses intentions, de ses projets ou de ses ambitions.
Et surtout, gardons-nous de confondre « velléité » et « velléitaire ». Car si la première désigne une volonté faible qui peine à se transformer en décision ou en action, le second qualifie simplement celui qui manque de fermeté, hésite et change facilement d’avis.
Tiens, tiens… Ça me rappelle quelqu’un.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire