Emprise ou empire ? Empire ou emprise ? L’usage a souvent bien du mal à faire le choix entre ces deux paronymes aux contours enchevêtrés. La confusion est pourtant relativement récente. Elle remonte au milieu du XIXe siècle, quand le terme « emprise », qui signifiait à l’origine « belle action, prouesse », est venu avec insistance chasser sur les terres de son « impérial » voisin.
Ce dernier (empire) dispose, il est vrai, d’un champ d’action particulièrement étendu. Entre autres acceptions, il traduit de façon générale une influence, une domination, morale ou non, exercée par une personne, un sentiment, un événement ou une chose. On peut être sous l’empire de la colère, de la passion, de la raison, de la drogue, du jeu, de l’alcool, de la mode, de la beauté…
En 1932, sous le poids de l’usage et en dépit des critiques, l’Académie décida d’affubler « emprise » d’un sens nouveau : « domination exercée par une personne sur une ou plusieurs autres et qui a pour résultat qu’elle s’empare de son esprit ou de sa volonté ».
Depuis, les puristes s’emploient à maintenir une frontière entre les deux termes. « Empire » pour une influence, une action exercée sur quelqu’un ou quelque chose ; « emprise » pour une domination exercée sur une personne, avec l’idée d’une volonté qui se trouve comme confisquée. On est donc sous l’empire de l’alcool, mais sous l’emprise d’un gourou.
Une distinction que l’usage, une fois encore, regarde d’un œil distrait. À force de reprises médiatiques, « emprise » s’est installé dans des emplois autrefois réservés à « empire » :
« Sous l’emprise de l’alcool, il avait étranglé sa femme et tué le chien de la famille. » (Ouest-France)
« Double féminicide dans l’Hérault : le suspect était sous l’emprise de la drogue » (Midi Libre)
« Sans permis, ni ceinture de sécurité, sous l’emprise des stupéfiants » (Le Dauphiné libéré)
Des emplois fautifs pour décrire des comportements irresponsables à ne surtout pas imiter. Pas même pour un empire.
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