Une fois de plus, c’est un sujet grave qui servira de matière première au billet que je m’efforce chaque jour de rendre le plus léger possible. Je confesse avoir quelque peine à me réfugier derrière ceux qui cherchent à se convaincre que « l’humour est une disposition d’esprit qui fait qu’on exprime avec gravité des choses frivoles et avec légèreté des choses sérieuses » (Alfred Capus).
Mais l’actualité est ainsi faite, plus noire que rose. Et autant le sujet de l’article dont est extraite la phrase ci-dessus n’a rien de risible, autant sa formulation est, elle, assez « grave » cocasse pour prêter à sourire. C’est même presque un cas d’école. Le pronom relatif « dont » signifiant ici « parmi lesquels », il faut comprendre que, parmi les huit blessés légers à déplorer, figurait un blessé… grave. Je savais l’homme doté d’une double personnalité parfois complexe, mais pas à ce point.
Sauf le respect que je dois à mon confrère, il eût été moins aventureux d’écrire : « Cet accident a fait huit blessés, sept légers et un grave. »
Je profite de l’occasion pour rappeler que les expressions « grand blessé », « blessé grave » et « blessé léger », bien que profondément ancrées dans l’usage, demeurent condamnées ou fermement déconseillées par la majorité des linguistes. Ces derniers avancent, au nom du bon sens, que ce n’est pas le blessé qui est grave, au sens de « qui peut avoir des conséquences fâcheuses », mais la blessure. Seuls Hanse-le-rebelle et le ramasse-poussière Robert ont béni les expressions visées.
Une position à ce point prévisible qu’elle ne blesse plus personne. Pas même le moins léger parmi les puristes.
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