mardi 22 mars 2022

Confins, confluent... confusion

En raison de leur proximité phonétique, les termes « confins » et « confluent » sont parfois… confondus. Rien de très étonnant à cela : les deux mots évoquent, chacun à sa manière, une idée de limite ou de rencontre. Mais leurs chemins sémantiques, eux, n’ont jamais vraiment convergé.
Emprunté du latin confinia, « confins », qui ne s’emploie qu’au pluriel, désigne les parties extrêmes ou limitrophes d’un territoire. On le rencontre surtout dans la locution « aux confins de », au sens de « aux limites de », « à la frontière de ». L’Académie donne ainsi pour exemple : « L’Alsace est aux confins de la Suisse et de l’Allemagne. »
Et c’est là que les choses se brouillent. Car « aux confins de » n’implique nullement que l’on se trouve au bout du monde. Sans doute par contamination avec « au fin fond de », l’expression est souvent employée pour évoquer un endroit particulièrement éloigné, perdu ou difficile d’accès. Or, lorsqu’un habitant de Caen se rend aux confins du Calvados, il n’a pas nécessairement entrepris un voyage au long cours. Quelques dizaines de kilomètres peuvent suffire.
« Confluent », du latin confluens, confluentis, désigne quant à lui l’endroit où deux cours d’eau se rejoignent, puis, par extension, le point où se rencontrent des choses, des phénomènes ou des influences. On parlera ainsi d’une ville située au confluent de deux rivières, mais aussi d’une civilisation née au confluent de plusieurs cultures.
La confusion apparaît lorsque « confluent » se voit attribuer un sens qu’il ne possède pas. Ainsi, écrire « au confluent des années 1990 » revient à faire converger une période avec elle-même. Il faudrait plutôt parler de la charnière, du tournant ou, si l’on tient absolument à notre image fluviale, du « confluent des années 1990 et 2000 ».
Confins, confluent… Deux mots qui n’avaient a priori aucune raison de se rencontrer et qui, pourtant, finissent parfois par se marcher sur les pieds.
Quant à l’amour, il peut certes nous conduire des confins du célibat aux frontières du mariage, au confluent de deux existences. Mais avant de prendre cette route-là, mieux vaut s’assurer de ne pas avoir confondu la destination avec le terminus.
Et si, par hasard, vous vous perdez en chemin, méfiez-vous : depuis quelque temps, les confins ont décidément la fâcheuse habitude de nous confiner.

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