vendredi 15 avril 2022

Cette question qui m'interroge...

Lu ce matin : « L’origine du pseudo INOXTAG interroge. » (linfo.re)

Que voilà une tournure propre à éveiller les interrogations ! Elle jouit pourtant d’un incontestable effet de mode, y compris auprès de médias pas toujours regardants sur le sens des mots qu’ils contribuent à répandre. Témoin ces extraits d’articles publiés hier et aujourd’hui sur la Toile :
– « Des dizaines de jeunes sangliers abattus dès le premier jour, une battue interroge dans le Cotentin. » (La Presse de la Manche)
– « Une exposition qui interroge la place de la femme. » (Ouest-France)
Le problème ? Les ouvrages de référence, le Dictionnaire de l’Académie en tête, nous rappellent en chœur que le verbe « interroger » ne peut avoir pour sujet qu’un être humain ou un ensemble d’êtres humains. On ne peut être interrogé par une battue, une exposition ou quelque autre événement que ce soit.
On dira donc : « L’institut I4CE a interrogé les candidats sur le budget qu’ils consacreront à la transition écologique. » Là, pas de problème : le sujet est humain, le complément d’objet direct également, et tout le monde est à sa place.
Malgré l’existence de substituts plus précis — « troubler », « intriguer », « faire débat », « faire naître la curiosité, la perplexité ou l’interrogation », « agacer », « perturber », « horrifier »… — selon la nuance recherchée, « interroger » continue de jouir d’un joli succès populaire dans son acception aussi évasive qu’abusive.
Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas. « Ces remarques s’appliquent également au verbe interpeller », observent à juste titre les vieux sages du quai Conti, jamais avares de mises en garde dès qu’un sujet les… questionne.

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