Très longtemps, les locutions paronymes « de conserve » et « de concert » ont navigué sur des mers phonétiques voisines sans pour autant se percuter. Employée à l’origine dans le vocabulaire maritime, « de conserve » signifiait « faire route côte à côte », avant de prendre le sens plus général d’« ensemble ». Des navires faisaient ainsi route de conserve lorsqu’ils voguaient groupés, notamment pour se protéger mutuellement des dangers de la mer.
« De concert », de son côté, renvoie à l’idée de collaboration et d’action commune. On agit donc de concert lorsqu’on s’entend pour accomplir quelque chose, qu’on conjugue ses efforts ou, pour employer une expression à la mode, qu’on travaille main dans la main.
À y regarder de plus près, n’était-ce pas d’ailleurs aussi le cas des équipages qui naviguaient de conserve, avec la volonté… concertée de se venir en aide ? Voilà sans doute de quoi expliquer que les deux locutions aient fini par jeter l’ancre dans les mêmes eaux sémantiques.
Car l’acception maritime de « de conserve » est aujourd’hui devenue bien rare. Et à moins d’être un vieux loup de mer borné de la langue française, il semble vain d’exiger de l’usager qu’il continue à opérer un distinguo entre deux expressions dont les caps ont progressivement convergé « vers le sens moderne "ensemble" », comme le relève Larousse.
De conserve et de concert étaient dans un bateau. De conserve tomba à l’eau…
Vous devinez la suite.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
mercredi 18 mai 2022
Concert et conserve étaient dans un bateau…
Lu hier : « De concert, les propositions d’un accompagnement départemental renforcé se sont construites aux termes des échanges de la matinée. » (lequotidien.re)
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