Plantons le décor ! « Pire » et « pis » sont deux comparatifs qui ont longtemps fait bon ménage avant de se séparer avec le temps. Le premier est celui de « mauvais » : il s’oppose donc à « meilleur ». Le second est celui de « mal » : son contraire est « mieux ».
On devrait donc dire « être pire que », mais « de pis en pis », « de mal en pis », « c’est pis que », « faire pis que », « tant pis », « s’attendre à pis »… Bref, chacun chez soi et les comparatifs seront bien gardés. Enfin, en théorie… Car dans la pratique, « pire » a depuis longtemps pris ses aises dans le domaine de « pis », au point que même de grands auteurs ont contribué à brouiller les pistes. Si bien qu’en cas d’hésitation, Marc Raynal, sur son excellent site Parler français, conseille une petite expérience : remplacer « pire » ou « pis » par « plus mauvais » ou « plus mal », ou par leur contraire « meilleur » ou « mieux », et voir ce qui sonne juste.
Une astuce fort commode, à laquelle il faut toutefois apporter quelques bémols. Car « pire » et « plus mauvais » ne sont pas toujours parfaitement interchangeables. Joseph Hanse rappelle notamment que lorsque le mot évoque un mal moral, un danger ou quelque chose de nuisible, « pire » s’impose généralement. Pour une réalité matérielle ou une simple qualité défectueuse, « plus mauvais » peut être préférable.
Autrement dit, on peut avoir un vin « plus mauvais » que le précédent, mais un remède « pire », une situation « pire » ou un comportement « pire ». Quant à « pis », il survit surtout dans quelques expressions où, contrairement à certains de nos contemporains, il refuse obstinément de disparaître.
Le Petit Robert lui accorde d'ailleurs encore quelques emplois, tandis que l’Académie constate que « pire » a désormais éclipsé « pis » dans la plupart des cas, y compris lorsqu’ils sont employés comme noms. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des em...pires si la tendance n’était pas manifestement à l’extinction progressive de « pis ». Mais après tout, faut-il s'en offusquer ? Ne vaut-il pas mieux se dire que c’est ainsi ? Et tant pis si cela déplaît à certains !

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