vendredi 22 juillet 2022

Pour le meilleur et pour le pire

Lu il y quelques jours : « Un seul exemple : les jours où cela va plus pire que d’habitude, sur un terrain de foot, un gardien de but n’aperçoit même plus son collègue adverse dans ses poteaux ! » (Zinfos974)

Plantons le décor ! L’adjectif « pire » est le comparatif de supériorité de l’adjectif « mauvais » et s’oppose à « meilleur ». « Pis », adverbe de son état, est quant à lui le comparatif de supériorité de « mal ». Il est le contraire de « mieux ».

On devrait donc dire « être pire que », mais « de pis en pis », « de mal en pis », « c’est pis que », « faire pis que », « tant pis », « s’attendre à pis »… Devrait, car de nombreux auteurs de renom ont transgressé cette règle, nourrissant la confusion entre ces deux termes phonétiquement voisins.

Sur son site Parler Français, que je vous recommande chaudement, Marc Raynal propose une astuce en cas d’hésitation : « Il convient de remplacer pire/pis par leur synonyme plus mauvais/plus mal ou par leur opposé meilleur/mieux et de voir ce qui a du sens (à l'exception des locutions figées) », conseille-t-il.

Soit. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des em...pires si certains grammairiens n'estimaient que « pire » et « plus mauvais » ne sont pas interchangeables, « notamment avec les noms qui évoquent eux-mêmes un mal », note Joseph Hanse. Dans son sillage, Jean Girodet fait remarquer qu’au sens de « méchant », « pervers », « dangereux », « nuisible », on emploie généralement « pire », « le pire » mais qu’au sens de « défectueux » ou « de mauvaise qualité », mieux vaut opter pour « plus mauvais », « le plus mauvais » si l’on parle d’une réalité matérielle et « pire » et « le pire » si l’on parle d’une réalité immatérielle.

Le Petit Robert estime que « pire » peut se substituer à « plus mauvais » lorsque celui-ci n’est pas employé au sens de « défectueux ». Il indique aussi que « pis » peut remplacer dans certains cas « plus mal » ou « plus mauvais ».

Marc Raynal, lui-même, souligne qu’au « sens abstrait ou moral », « pire » et « pis » s’imposent, mais que « plus mauvais » et « plus mal » sont préférables « au sens concret ». 

En dépit de ces recommandations, « pire » a aujourd’hui éclipsé « pis » « dans la plupart des emplois », constate l’Académie, y compris sous leur forme substantivée. Et j’ai bien peur qu’au fil du temps, cette fâcheuse tendance se renforce. Doit-on s'en inquiéter ou se dire que finalement, c'est ainsi et ... tant pis ? 

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