Ce matin, je suis allé écumer la Toile à la recherche de ma proie quotidienne. Et je n’ai pas été déçu. Ou au contraire, l’ai-je trop été tant mes yeux n’ont plus su où donner de la pupille devant la profusion d’emplois contestables du verbe « écumer ». En quelques clics. J’en ai trouvé qui, comme moi, « écument simplement Google », j’ai aussi croisé des « footeux » mercenaires qui continuent d’écumer le championnat de football russe malgré la guerre, des randonneurs qui écument l’arrière-pays niçois ou des groupes de musique qui écument les scènes de l’ouest de la France. Le butin a été riche, bien au-delà de mes craintes.
Comment ne pas écumer de rage face à une telle dérive de sens ? Et des sens, ledit verbe n’en manque pourtant pas : de « se couvrir d’écume » (une bière qui écume) à « s’en débarrasser » (écumer des confitures), en passant par « baver », « être en colère » ou, et c’est la définition qui nous occupe aujourd’hui, « piller » les mers en y exerçant « la piraterie » (Larousse). En revanche, avertissent les linguistes, il convient de ne pas faire d'écumer un synonyme de « sillonner », d' « arpenter » ou de « parcourir », comme c’est trop souvent le cas.
Au fil du temps, pourtant, le mot a quitté les océans sans perdre complètement son âme de pirate. Son emploi s'est étendu à des domaines où il ne s'agit plus de détrousser les voyageurs, mais de rafler tout ce qui mérite de l'être. Lorsque « des chineurs écument les brocantes de la région », ils n'y versent évidemment pas le sang ; ils y font simplement main basse sur les meilleures affaires.
Sous cet angle, les puristes auraient mauvaise grâce à grimacer face à l’extrait d’article mentionné plus haut. Car enfin, les sœurs Williams n’ont pas attendu d’atteindre l’âge adulte pour semer la terreur sur les courts où dès leur enfance, elles ne laissaient déjà à leurs petites camarades... que les miettes du gâteau.

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