Pour une fois qu'un journaliste utilise ce mot dans son sens strict, c'est presque un miracle de Noël en plein mois de juillet ! Car même quand il est fautif — et Dieu sait qu’il l'est souvent —, l’usage moderne adore nous vendre tout et n’importe quoi. Une absurde dérive de sens amorcée à la fin du XIXe siècle a ainsi fait de l’adjectif « achalandé », « qui attire de nombreux clients », un synonyme de « bien approvisionné en marchandises », acception aujourd’hui omniprésente dans le langage courant et constatée par le duo Larousse-Robert (avec les mentions « emploi critiqué, abusif »), toujours à l’affût de la bonne affaire.
Hermétiques aux effets de mode, l’Académie et la majorité des spécialistes de la langue française continuent d'ériger des barricades contre cette tendance que Grevisse qualifie pourtant d’ « irréversible ». Normal : formé à partir du substantif « chaland » (client), lui-même issu du verbe « chaloir » (s’intéresser à), « achalandé » ne peut se référer à autre chose que la clientèle d’un commerce. Je ne peux que leur apporter mon modeste soutien et rester sourd aux arguments spécieux de certains petits malins qui estiment qu’un magasin en vogue est forcément un magasin qui regorge de produits. Et vous, de quel côté de l'étal vous situeriez-vous ?

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