vendredi 24 février 2023

L'Académie se met le doigt dans l'œil

Lu il y a trois jours : « Même si La Réunion est restée à bonne distance de l'œil du cyclone, l’agriculteur rappelle qu’il n’y a pas besoin de rafales à plus de 100 km/heure pour faire vaciller la production. » (
Zinfos974)

Après le passage en coup de vent de l’ami Freddy, le monstre gentil (envers La Réunion en tout cas), je ne pouvais manquer l’occasion d’évoquer une expression qui n’a pas fini de déchaîner les bourrasques dans le ciel des linguistes. Je veux parler de la très controversée locution « être dans l’œil du cyclone ».
Au sens propre, pas de débat. La météo est formelle et les dictionnaires unanimes. L’œil du cyclone désigne « la zone de calme au centre du tourbillon » (Robert), « le centre du cyclone, caractérisé par des vents faibles » (Littré), « la zone épargnée par la tempête » (Académie).
Partant de là, l’Académie française déduit qu’« être dans l’œil du cyclone » fait partie « de ces expressions dont le sens originel s’est peu à peu perdu ». Peut-être, expliquent les Immortels, cette évolution résulte-t-elle d’une confusion avec « être au cœur de la tempête » ou « être dans la tourmente ». D’où leur mise en garde : « gardons-nous d’imiter cette erreur et redonnons son vrai sens à l’œil du cyclone », oubliant sans doute un peu vite qu’après le calme oculaire revient immanquablement la tempête..
Voilà qui souffle un vent contraire à celui de l’usage. Portés par le souffle de l’usage, nos dictionnaires favoris semblent d'ailleurs considérer que les grincheux locataires du quai Conti se sont en effet fourré leur réprobateur index dans la cornée.  « Être dans l’œil du cyclone » signifie « être au cœur des difficultés », affirme ainsi Robert ; « être au cœur d’un grave conflit ou en proie à de sérieuses difficultés », renchérit Larousse.
L’Académie qui souffle donc le chaud, nos Dupont et Dupond de la langue qui soufflent le froid, voilà qui ne nous aide pas à déterminer le sens du vent ! 
Quant à Freddy, il s’en est allé aussi vite qu’il était venu après avoir décoiffé quelques filaos. Il n’y avait donc pas lieu d’en faire tout un – calme – plat. Réforme des retraites, du chômage, vie chère, guerre en Ukraine et plus grave, la nouvelle entorse à la cheville de Neymar, avouez qu’il y a en ce moment bien d’autres raisons plus sérieuses de sombrer dans la dépression, fût-elle tropicale.

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