Pas moins de 35 emplois fautifs recensés sur le Web lors de la semaine écoulée. Et parmi les sites d'information épinglés, ceux de La Dépêche du Midi, de Paris-Normandie, de L'Est républicain, des DNA, de 20 Minutes, du Parisien et des deux cadors de la presse quotidienne que sont Le Figaro et Le Monde. Voilà qui permet sans doute de relativiser, à défaut de le pardonner totalement, le dérapage linguistique du rédacteur en chef d'un quotidien de la place.
Si Robert en mentionne frileusement l'usage, la locution « loin s'en faut » n'est rien d'autre qu'une tournure impropre, un croisement contre-nature entre les expressions « loin de là » et « tant s'en faut », qu'il est fortement recommandé de lui préférer aux sens de « bien au contraire », « nous en sommes loin », « il s'en faut de beaucoup ».
Cette manie de fusionner les locutions me rappelle mes vertes années de journaliste sportif. À l'époque, nous comptions dans nos rangs un correspondant passé maître dans l’art de tricoter deux expressions pour en fabriquer une troisième, totalement absurde. Entre autres perles, je me souviens encore de ces attaquants qui s'infiltraient « dans un trou de mouchoir » avant de décocher un « tir des 35 mètres à bout portant » qui ne manquait jamais de faire mouche dans nos esprits taquins. Je le confesse aujourd'hui avec un peu de honte, dans ces heures de stress qui précédaient le bouclage, ses pirouettes langagières étaient pour nous une délicieuse... cerise sur le pompon.

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