– « Cambriolage, pédocriminalité… À quel point partager ses photos de vacances est-il risqué ? » (Ouest-France)
– « Le Bouscat : le Bouscatais Guillaume Fort partage ses souvenirs olympiques » (Sud Ouest)
– « Il voulait partager de belles photos sur Facebook : un homme dégrade des peintures vieilles de 6000 ans en Espagne » (L'Indépendant)
À quoi bon me lancer dans un combat d'arrière-garde contre la mode qui consiste à faire de partager un synonyme de diffuser, communiquer, dévoiler, rendre accessible ou faire part de ? L'usage courant, dont le diktat est sans partage, a déjà largement gagné la partie.
Si l'Académie, Littré et quelques autres gardiens du temple continuent de regarder cette évolution d'un œil méfiant, Larousse et Robert lui ont depuis longtemps ouvert leurs colonnes, le second prenant même soin de préciser qu'il s'agit d'un emploi courant... quoique critiqué.
Mais après tout, pourquoi tant d'émoi ? Le principal grief adressé à ce partager nouvelle formule serait son origine anglaise. Il ne serait qu'un calque du verbe to share. Marc Raynal nuance pourtant cette analyse. Sur son blog Parler français, il rappelle que cet emploi n'est peut-être pas aussi moderne qu'on le croit :
« Eh bien figurez-vous que, contre toute attente, cela s'est dit autrefois. »
Et il ajoute :
« À y regarder de près, tout porte à croire que cette valeur sémantique du verbe partager était déjà présente de longue date dans notre langue. »
Passons donc sur le fond. La forme, en revanche, me paraît autrement plus discutable. Car partager est un verbe transitif direct. On partage quelque chose avec quelqu'un. On partage un repas avec des amis, une succession entre plusieurs héritiers ou une conviction avec ceux qui la défendent. Dans chacun de ces exemples subsiste l'idée première de division ou de mise en commun.
En revanche, lorsqu'il s'agit simplement de transmettre une photographie, une vidéo ou une information, la construction traditionnelle reste différente : on fait partager quelque chose à quelqu'un, mais on ne lui partage pas. Du moins est-ce ainsi que je continue à voir les choses. C'est en tout cas mon avis. Et je le partage.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
jeudi 15 août 2024
C'est mon avis... et je le partage
Lu il y a quelques jours : « Elles (les candidates à l'élection de Miss Réunion 2024) vont vous partager leur univers. » (RTL Réunion)
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