« On est sur un pied de cochon au vin », « sur un appartement avec deux chambres et vue sur mer », « sur un dispositif échelonné sur trois ans », « sur un accompagnement global des mineurs étrangers », « sur une estimation basse du prix de la maison »...
L'usager de la langue est décidément un sacré acrobate.À en juger par la prolifération de l'expression « on est sur », il est aujourd'hui capable de se percher sur à peu près tout et n'importe quoi. Objet d'une véritable success-story, la formule a progressivement supplanté les sobres « c'est », « il s'agit de » ou « nous avons », sans doute jugés trop plats, trop convenus ou tout simplement trop démodés.
La cuisine et l'immobilier ont longtemps fait figure de disciplines pionnières en la matière. Grâce à certaines émissions télévisées davantage soucieuses du bien-manger ou du bien-se loger que du bien-parler, on s'est ainsi retrouvé « sur une réduction d'échalotes », « sur un pavillon de plain-pied » ou « sur une belle opportunité d'investissement ».
Depuis, la contagion a gagné l'ensemble du paysage linguistique. Administration, politique, économie, travail social, sport, santé : aucun secteur ne semble plus à l'abri. Nous ne parlons plus d'un projet, nous sommes sur un projet ; nous ne travaillons plus à une solution, nous sommes sur une solution ; nous ne réfléchissons plus à une question, nous sommes sur une question.
J'imagine la tête des puristes. Eux qui étaient déjà montés sur leurs ergots lorsque fleurissaient les tournures du type : « Je vais sur Bordeaux » ou « Je travaille sur Marseille ». L'Académie française était alors montée au créneau. Dès 2011, elle rappelait que la préposition sur ne saurait remplacer à ou en pour introduire un complément de lieu :
La cuisine et l'immobilier ont longtemps fait figure de disciplines pionnières en la matière. Grâce à certaines émissions télévisées davantage soucieuses du bien-manger ou du bien-se loger que du bien-parler, on s'est ainsi retrouvé « sur une réduction d'échalotes », « sur un pavillon de plain-pied » ou « sur une belle opportunité d'investissement ».
Depuis, la contagion a gagné l'ensemble du paysage linguistique. Administration, politique, économie, travail social, sport, santé : aucun secteur ne semble plus à l'abri. Nous ne parlons plus d'un projet, nous sommes sur un projet ; nous ne travaillons plus à une solution, nous sommes sur une solution ; nous ne réfléchissons plus à une question, nous sommes sur une question.
J'imagine la tête des puristes. Eux qui étaient déjà montés sur leurs ergots lorsque fleurissaient les tournures du type : « Je vais sur Bordeaux » ou « Je travaille sur Marseille ». L'Académie française était alors montée au créneau. Dès 2011, elle rappelait que la préposition sur ne saurait remplacer à ou en pour introduire un complément de lieu :
« La préposition sur ne peut traduire qu'une idée de position, de supériorité ou de domination. »
Autant dire que nos Immortels auraient sans doute quelques sueurs froides à l'écoute de certaines réunions professionnelles contemporaines, où l'on peut passer une heure entière « sur » des dossiers, des objectifs, des problématiques, des livrables et des feuilles de route sans jamais redescendre de quoi que ce soit.
Curieusement, ils ne se sont pas encore prononcés sur cette nouvelle extension de domaine. Le feront-ils avant que Larousse, Robert et consorts ne finissent par enregistrer l'expression au nom du sacro-saint usage ? Avec nos chers Académiciens, on n'est jamais sûr de rien.

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