samedi 10 juin 2023

En toute délicatesse

Lu il y a trois jours : « Seuls les contribuables dans l'impossibilité de déclarer leurs revenus en ligne, comme les personnes en délicatesse avec le matériel informatique ou celles… » (linfo.re)

L'expression est élégante, mais le cas est délicat. Peut-on vraiment être « en délicatesse » avec un écran plat ou un clavier d'ordinateur ? Si l'on ouvre nos dictionnaires (Larousse, Robert, Littré), la réponse est catégorique : c'est un non poli, mais ferme.
À l'origine, cette formule poétique ne s'applique qu'aux êtres humains. Être en délicatesse avec quelqu'un, c'est être en froid, avoir un léger grief ou, comme dit joliment l'Académie, ne plus entretenir avec lui « des rapports aussi francs et amicaux que précédemment ».
L'affaire s'arrêterait là si, sous l'influence de la presse sportive (encore elle !), l'expression n'avait pris quelques libertés avec son acception d'origine. Sur le modèle de « être fâché avec » (les mathématiques, le ménage, le bricolage…), il n'est plus rare d'entendre dire d'un athlète, d'un footballeur, d'un tennisman ou d'un pilote de F1 qu'il est en délicatesse avec ses adducteurs, son mollet gauche, sa cuisse droite, une épaule douloureuse, voire son efficacité devant le but ou la gomme de ses pneumatiques. 
Évolution naturelle ou révolution coupable ? Je vous en laisse juges. Quoi qu'il en soit, j'en connais plus d'un qui ne manquera pas d'accuser les journalistes sportifs d'entretenir avec la langue de Molière des relations… à tout le moins délicates. 

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