La langue française adore tendre des pièges. En voici un dont les apparences sont particulièrement trompeuses. Alors que le substantif « décompte » peut, selon le contexte, désigner un simple compte — le décompte des voix, le décompte des points, le décompte des jours —, le verbe « décompter », lui, refuse obstinément de suivre le même chemin.
Les ouvrages de référence sont unanimes : décompter, c'est déduire, retrancher, défalquer. On décompte une somme d'un salaire, des jours d'un congé, des frais d'une facture. En revanche, on ne décompte pas les suffrages lors d'une élection ; on les compte, on les dénombre ou on les comptabilise.
L'usage, naturellement, n'en fait qu'à sa tête. Il n'est plus rare de lire ou d'entendre que l'on « décompte les bulletins », les voix ou les points, comme si le verbe avait fini par épouser le sens du nom dont il est issu.
Les dictionnaires, eux, résistent encore. Tous, ou presque. Car l'avatar numérique du Larousse accueille désormais cette extension de sens, quand sa version imprimée continue de l'ignorer. Drôle de grand écart pour une même maison. En attendant, je ne peux que vous conseiller de suivre la voie tracée par la majorité. Les bons décomptes ne font-ils pas les bons amis ?
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
dimanche 22 octobre 2023
Les bons décomptes font les bons amis
Lu il y a quelques jours : « Si dans l'hexagone, environ 75% des médecins libéraux sont en grève aujourd'hui, ici, "on a décompté entre 85 et 90 % de médecins libéraux grévistes… » (clicanoo.re)
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