Lu il y a quelques jours : « Il me reste quelques jours encore pour monter en forme, mais là, je suis focus sur les mondes. » (Outre-mer la 1ère)
Je l'avoue volontiers : consacrer aujourd'hui un billet au mot focus a un sérieux goût de réchauffé. Ce serait même assez faux-cul de prétendre le contraire.
Voilà plus de dix ans que les défenseurs de la langue tentent d'endiguer la progression de cet anglicisme devenu omniprésent dans les médias, les entreprises, les administrations et jusque sous la plume de certains écrivains célèbres, ce qui, convenons-en, n'a jamais constitué une garantie absolue de bon usage.
Dans nombre de rédactions, focus est même devenu un titre réflexe. Qu'il s'agisse de politique, d'économie, de sport ou de société, toute rubrique s'attardant sur un aspect particulier de l'actualité se voit désormais affublée de ce terme passe-partout. Au placard les vieillots « gros plan », « coup de projecteur », « éclairage » ou même « zoom », pourtant déjà emprunté à l'anglais mais désormais jugé presque trop français pour l'époque. Un simple détour sur la Toile suffit à s'en convaincre. Et vous verrez : il n'y a pas photo.
Comme souvent, la presse sportive s'est montrée particulièrement réceptive à cette nouvelle mode. Quelques exemples glanés au hasard :
« Même sans adversité, le LUC reste focus. » (La Voix du Nord)
« Oubliée la précédente journée dans les Landes, tout est focus sur cette rencontre. » (La Dépêche du Midi)
« Dès la deuxième, on est focus sur le match suivant. » (La Nouvelle République)
Le plus irritant dans l'histoire est que le mot ne s'est pas contenté de prospérer comme substantif. Le voilà désormais promu adjectif, parfois participe passé de fortune, sans qu'aucune autorité linguistique lui ait officiellement conféré ces galons.
« Même sans adversité, le LUC reste focus. » (La Voix du Nord)
« Oubliée la précédente journée dans les Landes, tout est focus sur cette rencontre. » (La Dépêche du Midi)
« Dès la deuxième, on est focus sur le match suivant. » (La Nouvelle République)
Le plus irritant dans l'histoire est que le mot ne s'est pas contenté de prospérer comme substantif. Le voilà désormais promu adjectif, parfois participe passé de fortune, sans qu'aucune autorité linguistique lui ait officiellement conféré ces galons.
Et que dire du verbe focusser, apparu il y a quelques années en lieu et place de se focaliser, se concentrer, porter son attention sur ou mettre l'accent sur ? L'ancien journaliste québécois André Racicot y voit « l'un des anglicismes les plus irritants que l'on puisse imaginer ».
Le jugement est sévère, mais il n'est pas isolé. À la suite du Figaro, qui sonnait déjà l'alarme en 2018, l'Office québécois de la langue française, Bruno Dewaele et bien d'autres observateurs ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme un tic de langage en pleine expansion. L'Académie française elle-même s'était fendue, dès 2015, d'une mise au point particulièrement nette. Reste à savoir si les Immortels maintiendront cette ligne lorsque paraîtra la dixième édition complète de leur dictionnaire. À ce rythme-là, il faudra sans doute patienter jusqu'aux environs de 2080 pour le vérifier.
La mauvaise nouvelle, pour les adversaires du mot, est que Robert n'a pas attendu la bénédiction du quai Conti pour enregistrer plusieurs des emplois contestés. J'avais presque oublié que, comme son frère ennemi Larousse, il ne prétend pas dire comment la langue devrait être, mais seulement constater ce qu'elle est devenue. Le bon usage, parfois. Le moins bon aussi.
Et manifestement, sur ce dossier, les dictionnaires ont déjà fait la mise au point.
Le jugement est sévère, mais il n'est pas isolé. À la suite du Figaro, qui sonnait déjà l'alarme en 2018, l'Office québécois de la langue française, Bruno Dewaele et bien d'autres observateurs ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme un tic de langage en pleine expansion. L'Académie française elle-même s'était fendue, dès 2015, d'une mise au point particulièrement nette. Reste à savoir si les Immortels maintiendront cette ligne lorsque paraîtra la dixième édition complète de leur dictionnaire. À ce rythme-là, il faudra sans doute patienter jusqu'aux environs de 2080 pour le vérifier.
La mauvaise nouvelle, pour les adversaires du mot, est que Robert n'a pas attendu la bénédiction du quai Conti pour enregistrer plusieurs des emplois contestés. J'avais presque oublié que, comme son frère ennemi Larousse, il ne prétend pas dire comment la langue devrait être, mais seulement constater ce qu'elle est devenue. Le bon usage, parfois. Le moins bon aussi.
Et manifestement, sur ce dossier, les dictionnaires ont déjà fait la mise au point.

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