Même le plus rudimentaire des correcteurs orthographiques eût été d'un précieux secours à notre infortuné journaliste. Il lui aurait évité d'être pris la main dans le sac par tout lecteur un tant soit peu familier de l'orthographe des noms composés.
Car, contrairement à main basse, main armée, main courante, petite main, main morte (dans l'expression ne pas y aller de main morte) ou à main levée, main-forte, comme main-d'œuvre, s'écrit avec un trait d'union. Larousse, Robert, Girodet, Hanse et consorts sont unanimes sur ce point, même s'ils ne s'attardent guère sur les raisons de cette singularité.
Consciente du flou qui règne en la matière, la réforme orthographique de 1990 a bien tenté de mettre la main à la pâte en proposant de souder les deux éléments pour former mainforte, à l'image de mainmise ou encore de mainlevée et mainmorte dans leur acception juridique. Peine perdue. Mentionnée du bout des lèvres dans les dictionnaires, la graphie réformée n'a jamais véritablement trouvé grâce aux yeux des usagers.
Trente-cinq ans plus tard, l'usage continue donc de lui opposer une fin de non-recevoir. Une preuve supplémentaire que, dans la langue française, il ne suffit pas de prêter main-forte à une réforme pour qu'elle fasse main basse sur les habitudes.

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