mardi 4 mars 2025

L'avance est dans le « pré- »

Lu le mois dernier : « Et pourtant des familles ont été prévenues plusieurs mois à l'avance. » (Outre-mer la 1ère)

Pléonasmes, épisode douze. Enfin, si ma mémoire est bonne… Et j'ai bien peur qu'elle soit en dessous de la réalité, vu ma forte propension à me moquer de ces tournures redondantes, inutiles, souvent absurdes, dont la vitesse de prolifération n'a d'égale que celle du chiendent sur une terre en friche. J'avoue que détourner le regard est au-delà de mes forces lorsque je croise une formule comme celle qu'il m'a été donné de lire le mois dernier sur le site de la mal-nommée Outre-mer la 1ère. Pourquoi mal-nommée ? Parce que la version abrégée de « première » est « 1re » et non « 1ère » comme on le lit trop souvent, mais surtout parce que malgré des moyens techniques et financiers bien supérieurs à ceux de ses petites camarades, il y a beau temps que l'ancienne station du Barachois n'est plus leader en matière d'audience sur l'île de La Réunion.  Comme quoi, on ne prête pas l'oreille qu'aux riches…

Mais je m'égare. 

Revenons plutôt à nos familles « prévenues plusieurs mois à l'avance » qu'elles seraient expulsées de leur appartenant, triste thème de l'article épinglé. Il ne vous aura pas échappé qu'il n'était nul besoin d'accoler la critiquée locution « à l'avance » – ou ses cousines « par avance » et « d'avance » – au verbe « prévenir » ou à tout autre verbe exprimant l'anticipation, en particulier s'ils sont formés à partir du préfixe « pré- », du latin prae (« devant, avant »). C'est le cas de prédire, prévoir, pressentir ou prévenir, mais aussi de prédécouper, prédestiner, prédéterminer, préenregistrer, préétablir, préexister, préfigurer, préformer, préjuger, préméditer et préparer, lequel bénéficie cependant de quelque indulgence de la part des spécialistes de la langue. Me semblent également concernés « réserver, retenir (au sens de réserver), avertir, envisager, deviner, imaginer, planifier, pronostiquer et anticiper » bien sûr. La liste est longue. 

En revanche, il vous est loisible d'associer ces verbes à la locution « à l'avance » si cette dernière est elle-même accompagnée d'un complément qui précise la durée d'anticipation :

– « Il est nécessaire de se préparer 15 jours ou 3 semaines à l'avance afin d'être prêts pour le premier match. » (Actualité.cd)

– « "Il faut réserver six mois à l’avance" » : cet hôtel pour chats fait le plein dans les Côtes-d’Armor. » (Ouest-France)

– « Tout le monde s’y attendait, on a été prévenu largement à l’avance. » (Le Quotidien de La Réunion)

– « Nous avons été prévenus bien à l’avance. » (RTL info.)

En l'absence de complément, le doute peut être permis. Comme toujours en cas d'ambiguïté, je ne saurais trop vous recommander de contourner l'obstacle. Deux solutions s'offrent à vous : supprimer purement et simplement « à l'avance », ça marche la plupart du temps, ou la remplacer par « depuis » ou « il y a », et le tour est joué, comme dans la phrase citée en introduction que je me suis permis de revisiter :

– « Et pourtant des familles ont été prévenues depuis (ou il y a) plusieurs mois à l'avance. »

Ou dans cet extrait d'article lu récemment dans le quotidien La Voix du Nord : 

– « "Si on avait réfléchi à l’avance…", Bruno Genesio en veut à la LFP pour la programmation hasardeuse de PSG – Lille. » 

Notez que l'on peut comprendre l'amertume du sympathique entraîneur du LOSC. Son équipe n'a pas pesé lourd devant un Paris Saint-Germain à qui le titre de champion semble une nouvelle fois promis. Et je ne pense pas m'avancer en disant cela… 

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