Si l’on vous invite un jour à descendre les gorges de l’Ardèche en canoë-kayak, prenez garde : vous risquez fort de vous retrouver le bec dans l'eau. Car vous ne ferez pas plus de canoë-kayak que de bateau à vapeur dans les eaux calmes de l’ancien Vivarais. Vous n’en ferez pas pour la bonne et simple raison qu’en matière d’embarcation, le canoë-kayak n’existe pas.
Canoë et kayak sont en effet deux bateaux bien distincts. De par leurs origines d’abord. Le premier nous vient du peuple amérindien, le second du froid pays inuit. De par leur conception, ensuite. Le canoë est un petit canot mû à l’aide d’une pagaie simple (une seule pale), en position assise ou à genoux. C’est notamment dans cette discipline que s’est illustré l’actuel président du Comité d’organisation des JO de Paris et triple champion olympique Tony Estanguet.
Le kayak, lui, est un bateau léger propulsé grâce à une pagaie double que l’on actionne alternativement d’un côté et de l’autre de l’embarcation. À la différence du canoéiste (les pratiquants disent céiste, terme ignoré de la plupart des dictionnaires), le kayakiste est assis au fond du canot, jambes allongées. Apparu dans les années cinquante, le canoë-kayak n’est en réalité que le mariage « administratif » de ces deux disciplines, auxquelles se sont greffés au fil de l'eau d’autres sports de pagaie tels que le raft ou le wave-ski.
Alors, vous l’imaginez, je n’ai pu réprimer un sourire en coin en parcourant les articles de presse consacrés ces derniers jours à la venue dans notre île de grands champions étrangers : le Slovène Peter Kauzer, « multiple médaillé en canoë-kayak slalom », ou encore Jiri Prskavec, « médaillé d’or olympique aux JO de Tokyo en canoë-kayak ». Je m’amuse de voir la concurrence ramer dans les remous de la terminologie sportive et ce n’est pas bien. C’est d’autant plus mal que je ne dis pas qu’il y a plus de trente ans, lorsque je fourbissais mes pagaies de jeune journaliste, je ne me serais pas laissé embarquer par le piégeux courant du canoë-kayak.
Remarque 1 : « canoë » s’écrit avec un tréma sur le « e » final et non sur le « o » qui le précède.
Remarque 2 : à contre-courant de toutes les autres sources crédibles de la langue française, le Larousse en ligne propose une version plurielle du terme canoë-kayak (canoës-kayaks), alors que le Grand Larousse illustré en fait un « nom singulier ». Allez comprendre !
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