mercredi 12 janvier 2022

Une saisine qui vaut de l'or

Quelle ne fut pas ma surprise – et ma joie taquine – de lire hier sur un site « ennemi » qu’une « saisine » de 28 lingots d’or en provenance de Madagascar avait été réalisée le 28 décembre à l’aéroport de Moroni. N’allez pas croire que je pensais les douanes comoriennes incapables de réaliser une telle prise. Ce n’est pas tant le fond que la forme qui me fit décoller de mon moelleux canapé. Sans être, je l’avoue, un grand spécialiste des questions juridiques – elles me barbent prodigieusement –, l’emploi du terme « saisine » me sembla pour le moins inapproprié pour ce coup de filet qui présentait à mes yeux tous les symptômes d’une « saisie ». 

Par acquit (avec un « t ») de conscience, je me plongeai tout de même dans mes « ouvrages de référence » comme disent les linguistes (que je ne suis pas, le Covid suffit bien au malheur de notre planète) pour avoir confirmation du bien-fondé de mes doutes. Le Dictionnaire de l’Académie française me rassurait aussitôt. En droit civil, une saisine est la « prérogative d’un héritier à qui est reconnu le droit d’entrer en possession d’une succession sans devoir solliciter une autorisation préalable ». En procédure, c’est l’« action de porter une question, une affaire devant une autorité compétente ». On parle ainsi de saisine d’une cour, du Conseil constitutionnel ou d’un conseil de prud’hommes. Et, dans la marine, de saisine pour désigner un cordage servant à fixer ou à soulever du matériel.

Rien à voir donc avec « saisie ». Quoique… À y regarder de plus près, la confusion n'a rien d'étonnant. Les deux mots sont de la même famille et « saisine » est même le plus ancien des deux. Apparu au début du XIIe siècle en droit féodal, il signifiait alors « action de saisir », « prise de possession, mise en possession » et, plus généralement, « emprise que l’on a sur quelqu’un », nous apprend Alain Rey dans son précieux Dictionnaire historique de la langue française. La « saisie », apparue quelques siècles plus tard, s’est notamment spécialisée dans la prise de possession de biens par l’autorité publique.
Si la confusion entre les deux vocables sévit aujourd’hui surtout au détriment de « saisine », il m’a fallu déployer des trésors de patience – une qualité qui vaut bien 28 lingots d’or – pour dénicher sur la Toile un exemple où « saisine » était employé à la place de « saisie ». À force de chercher, je finis par trouver l’oiseau rare. Il nous vient du site d’information sénégalais ActuSen : « La Brigade de la gendarmerie de Mbour vient de frapper fort avec la saisine d’une importante quantité de cocaïne. »

Une ligne (de coke, bien sûr !) de plus à inscrire en lettres d'or au palmarès de la maréchaussée locale. Vous m’en voyez saisi d’admiration.


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