À l’entrée « avenir », Larousse propose « temps futur ». Et à l’entrée « futur », la même maison écrit : « temps à venir ». Ainsi que le constate, non sans une certaine — et justifiée — ironie, Marc Raynal sur son blog Parler Français, que je vous recommande vivement, « les dictionnaires usuels ne nous aident pas toujours ». Pas toujours, ou comme souvent ?
Vouloir à tout prix distinguer « avenir » et « futur » fait-il partie de ces combats d’arrière-garde menés par de vieux linguistes ronchons en quête d’un nouvel os à ronger ? Que nenni ! Si l’on en croit l’Académie française, du moins. Le contraire eût été étonnant quand on connaît la propension des vieux sages du quai Conti à penser que, « dans le temps, même le futur était mieux ».
Selon les Immortels, « avenir » désigne plutôt une époque que connaîtront ceux qui vivent aujourd’hui, tandis que « futur » renvoie à un temps plus lointain. Autrement dit, l’avenir serait le temps qui vient à nous, le futur celui que nous envisageons plus volontiers à distance. Si l’on suit cette logique, « proche avenir » frôle donc le pléonasme quand « futur proche » relève presque de l’oxymore.
L’Office québécois de la langue française établit une distinction assez comparable : « futur » s’emploie surtout par opposition à « passé » et à « présent » et possède une dimension essentiellement temporelle ; « avenir », en revanche, renvoie à quelque chose de plus concret et de plus proche. Littré résumait joliment la nuance : « le futur est ce qui sera ; l’avenir est ce qui adviendra ».
Et comme souvent lorsqu’une nuance disparaît peu à peu dans la langue de Molière, l’anglais n’est jamais bien loin. Plusieurs linguistes ont ainsi dénoncé l’influence de future, qui tendrait à favoriser l’emploi de « futur » là où l’on aurait traditionnellement dit « avenir ».
L’usage contemporain, lui, ne s’embarrasse guère de ces distinguos. Il n’est désormais plus rare d’entendre parler du « futur d’une star du football » ou de « l’avenir de l’humanité ». Les médias regorgent de ces débordements temporels, au grand désespoir des gardiens du temple.
Preuve que la confusion a encore un bel avenir — à moins qu’il ne s’agisse d’un beau futur. Et demain, sans doute plus qu’aujourd’hui.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
lundi 28 février 2022
Avenir, futur sans lendemain
Lu ce matin : « Ce grand recensement a pour objectif de permettre aux Malgaches de l’étranger (« Malagasy ampielezana ») de participer dans le futur aux différentes élections qui se déroulent dans la Grande île (présidentielle, législatives…). » (Le Quotidien)
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