dimanche 6 février 2022

Batsirai : un météore passe

Lu samedi : « À vrai dire, la situation météo est restée très pénible, très arrosée, très ventée en dépit de l'éloignement du météore qui était, à plus de 300 km de La Réunion. » (Imaz Press Réunion)

Peut-on dire d’un cyclone qu’il est un météore ? En bon Normand, je vous répondrai : « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non. » Oui, si l’on s’appuie sur le sens originel du mot ; non, si l’on se laisse emporter par le glissement de sens dont il a été victime au cours du siècle dernier.
Dans la 8e édition de leur dictionnaire, publiée en 1932-1935 au terme de presque 60 années de labeur, les Académiciens expliquaient encore qu’un météore, du grec meteôra (« phénomènes ou corps célestes »), était, au sens large, un « phénomène atmosphérique », citant en exemples « le tonnerre, les éclairs, la pluie, la neige, la grêle et l’arc-en-ciel ».
Quatre-vingt-sept ans plus tard, les Immortels parlent désormais à l’imparfait de cette définition. « Se disait des phénomènes célestes. Le tonnerre, les éclairs, la pluie, la neige et autres météores », écrivent-ils, avant d’énoncer la nouvelle acception : « corps céleste qui s’embrase au contact des couches supérieures de l’atmosphère en laissant une trace lumineuse fugace dans le ciel » — ce que la langue courante appelle une étoile filante. Au figuré, le mot désigne une personne à la renommée éclatante mais passagère ou une chose qui produit une impression vive, mais peu durable.
Difficile de reconnaître dans ces notions de fugacité et de brillance le phénomène météorologique pesant et sombre qui a secoué notre île pendant 48 heures.
La maison Robert s’est clairement rangée à l’avis de l’Académie. « Météore n’a conservé le sens grec de “phénomène se produisant dans l’atmosphère” que dans l’usage didactique », tranche Alain Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française. Le Petit Robert qualifie lui aussi ce sens de « vieux et didactique ».
N’allez pourtant pas penser que le dossier soit classé. À l’inverse de leurs confrères, Larousse et Littré manifestent d’évidents scrupules à tirer un trait sur le passé. Le premier continue de faire d’un météore « tout phénomène observé dans l’atmosphère, à l’exception des nuages », quand le second évoque « tout phénomène qui se passe dans les régions supérieures de l’atmosphère », mais aussi les phénomènes de chaleur, de lumière ou d’électricité liés à l’atmosphère.
Et dire que certains croient encore que la langue françaiseest une région de notre patrimoine épargnée par les vents contraires !

Remarque : ne pas confondre « météore » avec « météorite », nom féminin, qui désigne un fragment de corps céleste parvenu jusqu’à la surface de la Terre.

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