Acte 1. « Acter » fait partie de ces mots fréquemment à l’affiche sur les planches médiatiques. Une décision, un accord, une candidature, un départ, une suggestion, la perte d’appétit du chat, l’usure de vos baskets, le reniflement d’un collègue… On acte à peu près tout, et de plus en plus souvent au sens de « prendre note », « constater » ou « entériner ».
Acte 2. Les puristes entrent en scène et sortent les épées. Car si « acter » est parfaitement légitime dans le vocabulaire juridique, où il signifie notamment dresser un acte, constater officiellement un fait ou enregistrer une déclaration, son extension à tous les domaines de la vie courante n’a pas toujours rencontré un accueil enthousiaste.
L’Académie française s’est ainsi montrée longtemps réticente à voir le verbe s’émanciper de son pré carré juridique, tandis que Littré lui-même n’envisageait guère d’autre emploi. Plus accommodants, les dictionnaires contemporains ont cependant fini par ouvrir leurs portes à des acceptions telles que « constater », « noter » ou « prendre acte de ».
Acte 3. Faut-il pour autant monter sur les barricades ? Rien n’est moins sûr. L’extension de sens est aujourd’hui solidement installée dans l’usage, et les médias ont largement contribué à sa diffusion. Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, « acter » semble désormais avoir obtenu son passeport pour sortir du palais de justice.
Et après tout, pourquoi pas ? La langue n’est-elle pas faite de mots qui franchissent les frontières, changent de costume et finissent par jouer de nouveaux rôles ?
Épilogue. Je ne peux que vous conseiller, pour ma part, de réserver « acter » aux situations où il apporte une véritable nuance d’officialisation ou d’enregistrement. Mais si vous décidez de l’employer à tout bout de champ, rassurez-vous : ce ne sera pas une tragédie.
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