Lu hier : « "On peut imaginer la souffrance de cette famille endeuillée mais pour autant, il a droit à une défense", répond la robe noire en charge des interêts du prévenu. » (Zinfos974)
Il y a des expressions qui, sitôt débarquées dans notre langue, prennent leurs aises et finissent par pousser les bonnes vieilles tournures vers la sortie. « En charge de » est de celles-là. Désormais, dès qu’il s’agit de parler d’une personne à qui l’on a confié une mission, une responsabilité, une équipe ou un secteur d’activité, tout le monde ou presque semble avoir pris l’habitude de l’utiliser. Tout le monde… sauf les linguistes.
Pour l’Académie française, qui adresse un commentaire à charge contre l’expression, « en charge de » n’est qu’un « anglicisme très répandu » calqué sur l’anglais in charge of. Elle lui préfère les tournures traditionnelles « être chargé de », « avoir la charge de » ou, selon le contexte, « avoir la responsabilité de » ou « avoir pour mission de ». Larousse et Littré ne jugent même pas utile de mentionner la locution incriminée, au contraire de Robert, qui l'accueille sans restriction dans sa version numérique.
Il en fallait évidemment davantage pour décourager les médias, qui se sont rués au pas de charge sur ce barbarisme venu d’outre-Manche et l'ont adopté et propagé sans modération..
– « En charge de l’organisation de la Coupe du monde 2007, Claude Atcher vit une petite traversée du désert… » (Le Parisien)
– « … la commission, présidée par Jean-Luc Lerouxel, maire de Saint-Gilles et vice-président en charge de l’eau… » (Ouest-France)
– « Lucie Rémond, stagiaire à l’office de tourisme…, est en charge de la construction… » (Midi Libre)– « … l’élu en charge de l’urbanisme souligne qu’elle n’est pas actuellement autorisée… » (La Dépêche)
Et encore ne s’agit-il là que de quelques spécimens. Pour vous donner une idée de l’ampleur de la charge, j’ai recensé pas moins de 98 emplois de « en charge de » en l’espace de vingt-quatre heures sur la Toile. De quoi faire pâlir « avoir la charge de », « être chargé de », « avoir la responsabilité de » ou « avoir pour mission de », ces pauvres expressions traditionnelles que l’usage condamne progressivement à la… décharge.

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