vendredi 21 juin 2024

« Quel...que », oui mais lequel ?

Lu lundi : « Nous avons également saisi l'occasion de leur rappeler l'importance des valeurs familiales et de la place essentielle qu'occupe un papa dans nos vies quelque soit notre âge", confie Citalis. »
(Imaz Press Réunion)

L'erreur est indémodable. Elle figure d'ailleurs en bonne place dans tous les quiz et ouvrages consacrés aux pièges du français, quel qu'en soit l'auteur. C'est dire sa dangerosité auprès des usagers de la langue que nous sommes. Et je ne me berce d'aucune illusion : ce n'est pas cette modeste chronique qui suffira à mettre un terme aux ravages causés par la confusion entre les homophones « quel que » et « quelque », lesquels, sous leur troublante ressemblance, entretiennent des rapports à peu près aussi cordiaux qu'un chat et un bain tiède.
Commençons par le plus docile des deux. L'adjectif relatif « quel que » (en deux mots), car telle est sa fonction, équivaut, à quelques nuances près, à « n'importe quel » ou à « peu importe ». Ainsi, « Quel que soit le temps qu'il fait, il s'astreint à deux heures de marche quotidiennes » revient à dire : « Peu importe le temps qu'il fait, il s'astreint à deux heures de marche quotidiennes » ou encore : « Il s'astreint à deux heures de marche quotidiennes par n'importe quel temps. »
« Quel que » a la particularité de toujours précéder un pronom personnel ou un verbe conjugué au subjonctif, le plus souvent l'auxiliaire « être ». Considéré comme un attribut du sujet, il s'accorde logiquement avec ce dernier. C'est donc lui qu'il convenait d'employer dans la phrase citée en introduction :
« [...] de leur rappeler l'importance des valeurs familiales et de la place essentielle qu'occupe un papa dans nos vies quel que soit notre âge. »
Jusque-là, me direz-vous, rien qui justifie l'ouverture d'une cellule de soutien psychologique pour apprenants du français. Les choses se compliquent avec son quasi-jumeau. Car si « quel que » est un honnête citoyen à l'identité parfaitement établie, « quelque » est plutôt du genre à multiplier les pseudonymes.
Déterminant, il s'emploie au pluriel au sens de « plusieurs » et au singulier lorsqu'il signifie « un certain » : 
– Quelques (plusieurs) centaines de manifestants ont défilé dans les rues de la commune.
– J'ai eu quelque (une certaine) peine à le reconnaître. (Larousse)
– Nous ne nous sommes pas revus depuis quelque temps.
Il s'accorde également lorsqu'il est suivi d'un nom lui-même suivi de « que » :
– Quelques amis qui m'aient trahi, je garde encore foi en l'être humain.

Mais « quelque » peut aussi endosser l'habit d'adverbe au sens d'« environ ». Dans ce cas, il demeure invariable :
– Quelque (environ) 500 manifestants ont défilé dans les rues de la commune.
Suivi d'un adjectif et de « que », il devient synonyme de « si » et ne varie pas davantage :
– Quelque bienveillants qu'ils soient, ils voient souvent leur patience mise à rude épreuve.

Avec ses multiples visages, « quelque » est à la grammaire ce que le sentier côtier est au promeneur : un parcours semé de bifurcations où il vaut mieux regarder où l'on met les pieds. Rassurez-vous toutefois : la randonnée touche à sa fin.
Espérant que ces quelques lignes auront suscité en vous quelque intérêt, je vous laisse. Le moment est venu pour moi d'aller me consacrer aux quelque deux heures de marche auxquelles je m'astreins chaque jour, quelque part, là-bas, le long du magnifique littoral sainte-marien. Et cela, quelle que soit la couleur du ciel.
Quelque menaçant qu'il paraisse.

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