dimanche 28 juillet 2024

Le dépit du bon sens

Lu il y a quelques jours : « Mais également plus sous-équipé, au grand dam des professionnels de ce « beau territoire… » (clicanoo.re)

On ne sait trop pourquoi, mais l'expression « au grand dam » — que Girodet et Thomas recommandent de prononcer « au grand dan » — a fini, au fil des décennies, par devenir synonyme de « au grand désespoir de », « au grand regret de » ou encore « au grand mécontentement de ».
Fidèles à leur regrettable habitude, nos Dupond et Dupont de la langue, les sieurs Larousse et Robert, n'ont pas hésité à accueillir ces acceptions nouvelles. Au grand dam, bien sûr, de nombreux puristes. Ben, dame ! Comment ne pas s'étonner d'une telle évolution ?
Car le mot « dam » n'a, à l'origine, rien à voir avec le désespoir ou le regret. Parent de l'anglais damage et de notre « dommage », il remonte au latin damnum et signifie d'abord « préjudice », « perte », « dommage ». C'est de lui que procède notamment l'ancienne expression théologique « peine du dam », ce châtiment suprême qui privait les damnés de la vision de Dieu.
Dès lors, rien de plus naturel que l'apparition de la locution figée « au grand dam », employée au sens de « au préjudice de », « au détriment de ». Longtemps, telle fut sa seule valeur. Et, à vrai dire, elle le demeure encore pour les gardiens les plus sourcilleux de la norme. L'Académie française comme Littré ne reconnaissent en effet que ces emplois traditionnels. Mais ceux-ci ont aujourd'hui pratiquement déserté l'usage courant, supplantés par des interprétations plus psychologiques que juridiques.
C'est bien dommage. Au sens moderne du terme comme au sens étymologique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Ainsi soit-il !

  «  C’est pourquoi la désignation d’un DRH –  aussi expérimenté soit-il – à la présidence d’Airport Holdings Ltd (AHL) soulève une interro...