On ne sait trop pourquoi, mais l'expression « au grand dam » — que Girodet et Thomas recommandent de prononcer « au grand dan » — a fini, au fil des décennies, par devenir synonyme de « au grand désespoir de », « au grand regret de » ou encore « au grand mécontentement de ».
Fidèles à leur regrettable habitude, nos Dupond et Dupont de la langue, les sieurs Larousse et Robert, n'ont pas hésité à accueillir ces acceptions nouvelles. Au grand dam, bien sûr, de nombreux puristes. Ben, dame ! Comment ne pas s'étonner d'une telle évolution ?
Car le mot « dam » n'a, à l'origine, rien à voir avec le désespoir ou le regret. Parent de l'anglais damage et de notre « dommage », il remonte au latin damnum et signifie d'abord « préjudice », « perte », « dommage ». C'est de lui que procède notamment l'ancienne expression théologique « peine du dam », ce châtiment suprême qui privait les damnés de la vision de Dieu.
Dès lors, rien de plus naturel que l'apparition de la locution figée « au grand dam », employée au sens de « au préjudice de », « au détriment de ». Longtemps, telle fut sa seule valeur. Et, à vrai dire, elle le demeure encore pour les gardiens les plus sourcilleux de la norme. L'Académie française comme Littré ne reconnaissent en effet que ces emplois traditionnels. Mais ceux-ci ont aujourd'hui pratiquement déserté l'usage courant, supplantés par des interprétations plus psychologiques que juridiques.
C'est bien dommage. Au sens moderne du terme comme au sens étymologique.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
dimanche 28 juillet 2024
Le dépit du bon sens
Lu il y a quelques jours : « Mais également plus sous-équipé, au grand dam des professionnels de ce « beau territoire… » (clicanoo.re)
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