Désolé d'arriver à la fumée du cierge olympique, mais je l'avoue : j'ai procrastiné. Oh ! je sais ce que vous allez me dire : l'exemple vient d'en haut. Justement. Ma honte n'en est que plus lourde à porter.
Je m'étais pourtant promis d'aborder un mot qu'à moins d'être aveugle et sourd, vous n'avez pu manquer si vous suivez un tant soit peu l'actualité sportive : l'adjectif paralympique. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que d'autres s'élanceraient des starting-blocks avant moi, à commencer par mon maître ès-bonnes mœurs langagières, le linguiste Bruno Dewaele, auteur d'un excellent billet intitulé Paralympique : quand l'étymologie est à géométrie variable. À retrouver, sans faute — une évidence pour un champion du monde d'orthographe — sur son blog À la fortune du mot.
Après avoir songé, par pur orgueil, à déclarer forfait, je me suis finalement dit que mes enfants, les quelques amis et anciens collègues qui me font la bonté de me suivre, et même mon ex-femme qui, une fois n'est pas coutume, compte parmi mes rares admirateurs, avaient bien le droit de connaître les origines de ce terme étrange que l'Académie française se refuse toujours à accueillir dans son dictionnaire.
Le commun des usagers n'y verra que l'association du para- de paraplégique et du -lympique d'olympique. Et il n'aura pas tout à fait tort. Selon Alain Rey, le mot est en effet issu d'un croisement — qu'il qualifie lui-même de « mal formé » — entre les termes anglais paraplegic et Olympics.
L'histoire commence en 1948 dans un hôpital militaire du nord de Londres. Soucieux d'accélérer la rééducation de ses patients paraplégiques, tous anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, le neurologue Ludwig Guttmann organise une compétition de tir à l'arc en marge des Jeux olympiques. À l'époque, seuls les sportifs en fauteuil roulant peuvent participer à ces épreuves. Lorsque la compétition s'ouvre progressivement à d'autres handicaps, son nom demeure inchangé. C'est alors que certains entreprennent de rapprocher l'élément para- de ses racines grecques en lui attribuant le sens de « à côté de », « auprès de », que l'on retrouve dans parallèle, paraphrase, paragraphe, parapharmacie ou encore dans cette fichue paraphasie qui me poursuit depuis mon plus jeune âge.
N'allez cependant pas lui chercher de cousinage avec le para- de parachute, parapluie, paravent ou paratonnerre, lequel descend du latin parare, « protéger », « mettre à l'abri ».
Compliqué, n'est-il pas ? Besoin d'un paracétamol ?

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