Pourquoi faire simple quand on peut faire… complexifié ? J'ai déjà eu l'occasion de déverser sur ce blog tout mon fiel à l'égard de termes tels que problématique, méthodologie, technologie ou thématique là où de simples problème, méthode, technique ou thème feraient bien mieux l'affaire. La liste est longue. Parmi tous ces mots employés en dépit du bon sens par effet de mode, pédanterie ou simple méconnaissance de leur sens premier, je rangerais volontiers le verbe classifier. Autrefois cantonné aux domaines de la botanique et de la zoologie, le bougre tend à se répandre dans notre langage au détriment de son voisin de rayon classer. Ben voyons, c'est tellement plus... classieux !
À toutes fins utiles, le très sérieux Office québécois de la langue française rappelle pourtant que, si les verbes classer et classifier sont apparentés par la forme et le sens, « leurs significations sont différentes ». Et de préciser : « Classer signifie "ranger dans une classe" ou "répartir dans des classes", tandis que classifier a le sens de "déterminer des critères de classement, définir des classes". »
Le non moins sérieux Jean-Paul Colin (Dictionnaire des difficultés du français) y va lui aussi de son couplet : « Quant au verbe classifier, qui, contrairement à ce qu'on serait tenté de croire, est beaucoup plus ancien que classer, il désigne l'action d'établir et de définir les classes elles-mêmes plutôt que celle de répartir ou de classer. »
En résumé, la classification crée les cases à remplir ; le classement les remplit. Simple, non ? Mais vous vous doutez bien que l'usage — sous l'influence de l'anglais to classify, paraît-il — se montre souvent moins discipliné que les grammairiens. Et qu'en la matière, nos chers médias font parfois figure de derniers de la classe.
– « Si Alcaraz gagne ce Wimbledon, alors on ne parlera déjà plus d’Agassi, de Connors, de Lendl ou de moi quand on cherchera à le classifier. » (We Love Tennis)
– « Un ex-colonel américain accusé de divulguer des informations classifiées… sur un site de rencontre. » (Ouest-France)
À leur décharge, il faut reconnaître que les frontières entre les deux verbes sont aujourd'hui de plus en plus floues. Si bien que ce dossier-là risque fort de ne pas être classé de sitôt.
Les pièges de la langue française vus au travers de l'actualité réunionnaise
jeudi 10 octobre 2024
Dernier de la classe
Lu la semaine dernière : « Saison cyclonique : regain d’activité pour Ancha, le système à nouveau classifié en tempête tropicale modérée » (linfo.re)
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Ainsi soit-il !
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