dimanche 19 janvier 2025

Prou...esse orthographique

Lu la semaine dernière : « Le vent de Nord-Est persiste, impactant peu ou proue les mêmes secteurs que la veille. » (Le Quotidien de La Réunion)

Je sais qu'après les cyclones qui l'ont récemment secouée, la presse écrite réunionnaise n'a plus vraiment le vent en poupe. Est-ce une raison suffisante pour renoncer à aller chercher quelque prou(e) dans la copie de mes anciens collègues ? Me soupçonner d'une telle indulgence serait mal me connaître.
C'est donc sans état d'âme que je vais revenir sur l'écueil rencontré par l'auteur de la phrase citée en introduction. Celui-ci a en effet échoué sur l'expression « peu ou prou », où le prou en question n'a évidemment rien à voir avec la proue d'un navire, malgré la proximité sonore des deux termes.
Car prou est un mot à part entière. Mieux : un adverbe. Hérité de l'ancien français proud, il a d'abord signifié « profit » ou « avantage », avant de prendre le sens de « beaucoup » ou « assez ». C'est dans cette dernière acception qu'il s'est fixé dans la locution peu ou prou.
Contrairement à une idée répandue, celle-ci ne signifie donc pas « peu ou pas du tout », mais bien « plus ou moins », « à peu près », « dans une certaine mesure ».
L'erreur provient peut-être d'une confusion avec l'ancienne expression ni peu ni prou, aujourd'hui presque disparue, qui signifiait quant à elle « en aucune façon » ou « pas du tout ». Une simple syllabe de différence, mais deux sens qui naviguent dans des eaux bien distinctes.

Au moment de refermer ce billet, une pointe de nostalgie me gagne pourtant. Je me dis qu'il est loin, bien loin, le temps où Le Quotidien passait pour la figure de proue de la presse réunionnaise en matière d'orthographe.

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